mardi 12 mai 2020

A rester à la maison… Staying at home… XXI

Le lendemain, à l'aube, ils et elles mirent leurs habits préférés — pour ceux et celles qui en portaient — empaquetèrent les restes de leur festin de la veille, ouvrirent grand les fenêtres et descendirent ensemble l'escalier jusqu'au rez-de-chaussée. Les rues étaient déjà pleines de monde masqué et ganté, de voitures, on entendait les trains au loin et les chantiers qui avaient recommencé. Ils et elles prirent une, deux, trois rues dans la ville, tournèrent à gauche et entrèrent dans la forêt hirsute aux sentiers couverts de purée de feuilles, où les oiseaux chantaient à plein gosier pour accueillir leur arrivée.

The day after at dawn, they put their favorite clothes on — for those who wear clothes — wrapped the leftovers from last day's feast, opened wide all the windows and climbed down the straits, all together. Streets were already filled with people wearing masks and gloves, with cars, trains passing by were roaring from afar and construction sites making their noise. They took one, two, three streets in the city, turned left, entered the hairy woods on its paths covered with mashed leaves and birds were singing out loud to celebrate their arrival.


lundi 11 mai 2020

A rester à la maison… Staying at home… XX

A rester à la maison si longtemps, ils et elles avaient oublié qu'il y avait un monde extérieur. Le jour où tout le monde fut autorisé à sortir dehors de nouveau, personne ne quitta la maison. La tempête avait soufflé toute la nuit, secouant les volets, la toiture. Chargée de pluie, la lumière du matin était si sombre qu'on aurait dit l'automne. Ils et elles tournèrent en rond à la maison, mesurèrent tout ce qui avait changé, puis montèrent au phare, ensemble. De là-haut, les rues avaient remplacé la mer. Les têtes des arbres que personne n'avait coupées s'agitaient violemment. En-dessous, la foule revenait marcher, les voitures roulaient à nouveau et les avions strient le ciel. Les oiseaux qui leur avaient apporté des nouvelles du monde pendant tout ce temps vinrent chercher refuge sur leurs fenêtres. Ils et elles passèrent toute la journée à cuisiner pour le repas de fête du soir qui dura longtemps.

Staying at home for so long, they forgot there was a world outdoor. The day everyone was allowed to go out again, no one left home. A storm had blown all night, shaking all shutters and roofs. Full of rain, morning light was so dark it liked like autumn. They roamed at home, appreciated every change  they'd made then climbed up to the lighthouse, all together. From up there, streets replaced the ocean back. The tree's heads that no one shaved were violently shaking. Underneath, the crowd was walking back, cars riding again, planes strieking the sky. All the birds who had brought them news from the world came to find shelter on their windowsills. They spent all the day cooking for the feast diner which lasted a long time.


dimanche 10 mai 2020

A rester à la maison… Staying at home… XIX

A rester à la maison, ils et elles eurent firent une rencontre extraordinaire : un jour, à l'ouverture des volets, les aliens qui leur avaient écrit tant de messages le matin étaient là, juste derrière. Ces aliens avaient une apparence différente de ce que chacun. s'était imaginé, mais tant mieux, c'était encore plus surprenant. Ces aliens étaient de passage et demandèrent si c'était possible de rester juste un petit moment ? Ignorant tout de leur façon de compter le temps, ils et elles acceptèrent, bien sûr. On se serra un peu dans les lits et les aliens s'inscrivirent pour les tours de cuisine et de ménage.

Staying at home, they had an extraordinary encounter : one day, opening their shutters, they saw the aliens right behind, those aliens who wrote them so many morning messages. These aliens look differently than everyone expected, and it was even better, even more surprising. The aliens just came by and they asked if they could stay for a short while ? Not knowing the alien way of mesuring time, they agreed, of course. Everyone shared their beds and aliens took their turns in cooking and cleaning plannings.


A rester à la maison… Staying at home… XVII

A rester à la maison, ils et elles se rendirent compte que beaucoup, beaucoup de choses avaient des yeux, qui les regardaient : les épluchures, les panneaux de plastique, les tables, les casseroles de lait, presque tout en fait… Et qu'on pouvait se dire beaucoup de choses par le regard, même sans se parler.

Staying at home, they realized lots, lots of things had eyes, eyes watching them : vegetable peels, plastic panels, tables, pans with mils, almost everything… And one could say very much with a look, without speaking.


A rester à la maison… Staying at home… XVII

A rester à la maison, ils et elles sentirent monter le besoin de voir la mer. Quand la tempête soufflait trop fort pour pouvoir monter au phare en haut de l'escalier, ils ouvraient une fenêtre, tous ceux et toutes celles qui avaient des cheveux longs, des barbes ou de pelages assez longs s'allongeaient par terre  en les mélangeant comme des vagues, les rafales de vent qui soufflent les faisait onduler et grand-mère Baleine chantait sans mots pendant que les enfants criaient des mouettes.

Staying at home, they felt their need to see the ocean was growing. When the storm blew too hard to climb up the stairs to the lighthouse, they opened a window, all of those who had long hair or beard laid down on the floor, mixing them like waves and the wind made them dance while Grand Mother Whale sang with no words and kids shriek like seagulls.




A rester à la maison… Staying at home… XVI

A rester à la maison, ils et elles prirent l'habitude de se raconter leurs rêves, au réveil, surtout les matins de pluie. Un jour, quelqu'un rêva que la ville était envahie par des ours blancs géants qui s'asseyaient sur les trottoirs, contre les murs, pattes en avant, pour se gorger de soleil, leurs longs poils transparents tintant doucement au vent comme des pendeloques de verre. La ville sans humains leur appartenait, ils marchaient même sur les toits la nuit, quand personne ne regardait par la fenêtre, ils volaient dans le ciel comme des nuages et lorsqu'ils effleuraient un mur de toute leur lumière, ils effaçaient toute sa crasse, toutes ses vieilles affiches, tous ses tags, comme une gomme vivante qui remettait le monde à neuf.

Staying at home, they got used to share their dreams, when they woke up, specially on rainy mornings. One day, someone dream about the city being invaded by giant polar bears who sat on the sidewalks, their back against the walls, to enjoy the sun warmth, their long transparent hair tinkled in the wind like glass pendants. The city without human beings belonged to them, they even walked on rooftops, at night, when no one was watching at the windows and they flew in the sky like clouds and when their light skimmed a wall, it removed it from all its dirt, old posters, tags, like a living erase putting the world anew. 


mardi 5 mai 2020

A rester à la maison… Staying at home… XV

A rester à la maison, ils et elles firent la connaissance des mondes de la cuisine : toutes les créatures et toutes les histoires qui vivaient au fond des poêles et des casseroles, sur la croûte des gratins et des gateaux, au milieu de la purée, des crêpes, à la surface de l'eau de cuisson des pâtes. Il fallait être rapide pour surprendre leur passage et patienter pour décrypter leurs messages. C'était des créatures changeantes, multiples, métamorphiques, et qu'on finissait toujours ou presque par manger.

Staying at home, they got acquainted with the kitchen worlds : all the creatures and all the stories living at the bottom of pans and frying pans, on cakes' and gratins' crust, in the middle of mashed potatoes, crepes, at the surface of the pasta water. One had to be swift to catch their moves and very patient to decode their messages. They were changing creatures, multiple and metamorphic ones,  who ended quite always eaten up.