vendredi 12 juin 2020

Titus à Quimper !

Une joie en amenant une autre, on a aussi profité de notre séjour de travail dans le Finistère pour lancer les premières lectures-répétitions de Titus, la petite forme satellite que j'ai écrit en écho à Bagarre. Que j'ai hâte qu'elle aussi prenne vie !







Bagarre à Quimper !

Déconfinement, ouverture des portes, levée de la restriction des 100km, on sort de nos grottes, ébloui.e.s par la lumière du jour, l'air frais, on reprend le train, le train !!! pour se retrouver au bout du monde, à Très Tôt Théâtre, avec toute l'équipe de La Loba pour lancer les premières répétitions de BAGARRE !!! Quelles meilleures retrouvailles avec la création au plateau, la réflexion collective, l'agitation des bocaux et des neurones ?! De lectures à la table en discussions, de dramaturgie des objets à l'électro-encéphalogramme du déroulé, de maquette géante aux essais décor en tout genre, j'ai profité de ma chance et de ma joie à chaque seconde. Vivement la prochaine étape !
Plus d'infos sur la création ici : http://www.cieloba.org/spectacle/bagarre/
Et sur Très Tôt Théâtre ici : https://www.tres-tot-theatre.com












“Happa No Ko” gagne le prix Kili-romans 2020 !

J'ai la grande joie d'apprendre ce matin que les lecteurs et lectrices de la médiathèque de Romainville ont donné le prix Kili 2020 à Happa No Ko !
Je suis allée les rencontrer fin février sous des trombes de pluie, pour une matinée passionnante, accueillie par une équipe formidable, super engagée, curieuse, qui avait préparé toute une ribambelle de ms livres et d'autres, proches, pour accompagner nos discussions, dont le magnifique "A l'intérieur des Yokaï" de Shigeru Mizuki…
Merci et longue vie à cette médiathèque chaleureuse et rayonnante, à celles et ceux qui la font vivre et à ses lecteurs et lectrices !
Plus d'informations ici : https://www.mediatheque-ville-romainville.fr/besoin-d-idees/23-selection/94-actu-le-prix-kili-les-laureats





mardi 12 mai 2020

A rester à la maison… Staying at home… XXI

Le lendemain, à l'aube, ils et elles mirent leurs habits préférés — pour ceux et celles qui en portaient — empaquetèrent les restes de leur festin de la veille, ouvrirent grand les fenêtres et descendirent ensemble l'escalier jusqu'au rez-de-chaussée. Les rues étaient déjà pleines de monde masqué et ganté, de voitures, on entendait les trains au loin et les chantiers qui avaient recommencé. Ils et elles prirent une, deux, trois rues dans la ville, tournèrent à gauche et entrèrent dans la forêt hirsute aux sentiers couverts de purée de feuilles, où les oiseaux chantaient à plein gosier pour accueillir leur arrivée.

The day after at dawn, they put their favorite clothes on — for those who wear clothes — wrapped the leftovers from last day's feast, opened wide all the windows and climbed down the straits, all together. Streets were already filled with people wearing masks and gloves, with cars, trains passing by were roaring from afar and construction sites making their noise. They took one, two, three streets in the city, turned left, entered the hairy woods on its paths covered with mashed leaves and birds were singing out loud to celebrate their arrival.


lundi 11 mai 2020

A rester à la maison… Staying at home… XX

A rester à la maison si longtemps, ils et elles avaient oublié qu'il y avait un monde extérieur. Le jour où tout le monde fut autorisé à sortir dehors de nouveau, personne ne quitta la maison. La tempête avait soufflé toute la nuit, secouant les volets, la toiture. Chargée de pluie, la lumière du matin était si sombre qu'on aurait dit l'automne. Ils et elles tournèrent en rond à la maison, mesurèrent tout ce qui avait changé, puis montèrent au phare, ensemble. De là-haut, les rues avaient remplacé la mer. Les têtes des arbres que personne n'avait coupées s'agitaient violemment. En-dessous, la foule revenait marcher, les voitures roulaient à nouveau et les avions strient le ciel. Les oiseaux qui leur avaient apporté des nouvelles du monde pendant tout ce temps vinrent chercher refuge sur leurs fenêtres. Ils et elles passèrent toute la journée à cuisiner pour le repas de fête du soir qui dura longtemps.

Staying at home for so long, they forgot there was a world outdoor. The day everyone was allowed to go out again, no one left home. A storm had blown all night, shaking all shutters and roofs. Full of rain, morning light was so dark it liked like autumn. They roamed at home, appreciated every change  they'd made then climbed up to the lighthouse, all together. From up there, streets replaced the ocean back. The tree's heads that no one shaved were violently shaking. Underneath, the crowd was walking back, cars riding again, planes strieking the sky. All the birds who had brought them news from the world came to find shelter on their windowsills. They spent all the day cooking for the feast diner which lasted a long time.


dimanche 10 mai 2020

A rester à la maison… Staying at home… XIX

A rester à la maison, ils et elles eurent firent une rencontre extraordinaire : un jour, à l'ouverture des volets, les aliens qui leur avaient écrit tant de messages le matin étaient là, juste derrière. Ces aliens avaient une apparence différente de ce que chacun. s'était imaginé, mais tant mieux, c'était encore plus surprenant. Ces aliens étaient de passage et demandèrent si c'était possible de rester juste un petit moment ? Ignorant tout de leur façon de compter le temps, ils et elles acceptèrent, bien sûr. On se serra un peu dans les lits et les aliens s'inscrivirent pour les tours de cuisine et de ménage.

Staying at home, they had an extraordinary encounter : one day, opening their shutters, they saw the aliens right behind, those aliens who wrote them so many morning messages. These aliens look differently than everyone expected, and it was even better, even more surprising. The aliens just came by and they asked if they could stay for a short while ? Not knowing the alien way of mesuring time, they agreed, of course. Everyone shared their beds and aliens took their turns in cooking and cleaning plannings.


A rester à la maison… Staying at home… XVII

A rester à la maison, ils et elles se rendirent compte que beaucoup, beaucoup de choses avaient des yeux, qui les regardaient : les épluchures, les panneaux de plastique, les tables, les casseroles de lait, presque tout en fait… Et qu'on pouvait se dire beaucoup de choses par le regard, même sans se parler.

Staying at home, they realized lots, lots of things had eyes, eyes watching them : vegetable peels, plastic panels, tables, pans with mils, almost everything… And one could say very much with a look, without speaking.


A rester à la maison… Staying at home… XVII

A rester à la maison, ils et elles sentirent monter le besoin de voir la mer. Quand la tempête soufflait trop fort pour pouvoir monter au phare en haut de l'escalier, ils ouvraient une fenêtre, tous ceux et toutes celles qui avaient des cheveux longs, des barbes ou de pelages assez longs s'allongeaient par terre  en les mélangeant comme des vagues, les rafales de vent qui soufflent les faisait onduler et grand-mère Baleine chantait sans mots pendant que les enfants criaient des mouettes.

Staying at home, they felt their need to see the ocean was growing. When the storm blew too hard to climb up the stairs to the lighthouse, they opened a window, all of those who had long hair or beard laid down on the floor, mixing them like waves and the wind made them dance while Grand Mother Whale sang with no words and kids shriek like seagulls.




A rester à la maison… Staying at home… XVI

A rester à la maison, ils et elles prirent l'habitude de se raconter leurs rêves, au réveil, surtout les matins de pluie. Un jour, quelqu'un rêva que la ville était envahie par des ours blancs géants qui s'asseyaient sur les trottoirs, contre les murs, pattes en avant, pour se gorger de soleil, leurs longs poils transparents tintant doucement au vent comme des pendeloques de verre. La ville sans humains leur appartenait, ils marchaient même sur les toits la nuit, quand personne ne regardait par la fenêtre, ils volaient dans le ciel comme des nuages et lorsqu'ils effleuraient un mur de toute leur lumière, ils effaçaient toute sa crasse, toutes ses vieilles affiches, tous ses tags, comme une gomme vivante qui remettait le monde à neuf.

Staying at home, they got used to share their dreams, when they woke up, specially on rainy mornings. One day, someone dream about the city being invaded by giant polar bears who sat on the sidewalks, their back against the walls, to enjoy the sun warmth, their long transparent hair tinkled in the wind like glass pendants. The city without human beings belonged to them, they even walked on rooftops, at night, when no one was watching at the windows and they flew in the sky like clouds and when their light skimmed a wall, it removed it from all its dirt, old posters, tags, like a living erase putting the world anew. 


mardi 5 mai 2020

A rester à la maison… Staying at home… XV

A rester à la maison, ils et elles firent la connaissance des mondes de la cuisine : toutes les créatures et toutes les histoires qui vivaient au fond des poêles et des casseroles, sur la croûte des gratins et des gateaux, au milieu de la purée, des crêpes, à la surface de l'eau de cuisson des pâtes. Il fallait être rapide pour surprendre leur passage et patienter pour décrypter leurs messages. C'était des créatures changeantes, multiples, métamorphiques, et qu'on finissait toujours ou presque par manger.

Staying at home, they got acquainted with the kitchen worlds : all the creatures and all the stories living at the bottom of pans and frying pans, on cakes' and gratins' crust, in the middle of mashed potatoes, crepes, at the surface of the pasta water. One had to be swift to catch their moves and very patient to decode their messages. They were changing creatures, multiple and metamorphic ones,  who ended quite always eaten up.


lundi 4 mai 2020

A rester à la maison… Staying at home… XIV

A rester à la maison, ils et elles redécouvrirent le plaisir de rester au lit bien au chaud en écoutant la pluie tomber. Les animaux qui vivaient dans leurs couettes et ceux qui vivaient en dehors écoutaient la pluie tomber, eux aussi, ceux et celles qui parlaient sa langue traduisaient ce qu'elle disait pour les autres, c'était souvent des histoires lointaines et sauvages, pleines d'embruns et de voyage. Quand ils et elles en avait marre d'être couché.e.s, tout le monde sortait de sous les couettes pour faire des crêpes qui embaumaient toute la maison et qu'ils et elles mangeaient, rassemblé.e.s, en regardant la pluie tomber.

Staying at home, they rediscovered the pleasure of staying warmly in bed, listening to the rain go by. The animals who lived inside their duvets and those who lived out of it listened to the rain as well, the ones who spoke its language translated what she said to the other ones, it was often wild and far away stories full of sea spray and travels. When they had enough laying down, everyone jumped out of their bed to cook crepes, it smelled so good all around at home, and they ate them all together, watching the rain go by.


A rester à la maison… Staying at home… XIII

A rester à la maison sans aller chez le coiffeur, leurs cheveux se mirent à pousser, tout comme leurs barbes, leurs moustaches, leurs rouflaquettes, tous leurs poils. C'était le printemps mais un printemps d'automne, leurs longs poils leur tenaient chaud le matin au réveil, et le soir. Une fille se mit à avoir de la barbe, une barbe longue et douce qu'elle caressait pour s'endormir. Comm il n'y avait pas de ciseaux à la maison, ceux et celles qui se trouvaient trop velus faisaient la queue devant la chèvre qui broutait le superflu.

Staying at home without gong to the hairdresser, they hait began growing as much as their beard, their mustache, their sideburns, all their hair. It was spring but an autumn spring, their long hair kept them warm in the morning as they woke up and in the evening. A girl began to grow a beard, a long and smooth beard she stroked to fall asleep. As they got no cissors, those who felt too hairy were queuing in front of the goat who grazed away the superfluous.


dimanche 3 mai 2020

A rester à la maison… Staying at home… XII

A rester à la maison, ils et elles se mirent à repeindre : si on ne pouvait pas changer de paysage, on pouvait changer LE paysage. Jour après jour, ils et elles repeignirent tout : les murs, les plafonds, les plinthes, les portes et les tours de porte. Tous les soirs, pendant le dîner, ils et elles discutent des nouveaux projets, des couleurs. Chaque matin, ils et elles se répartissaient la tâche selon leur taille, leurs préférences et leur habileté. Grand-mère baleine mélangeait la peinture dans les camions, avec ses pieds. Ils et elles eurent l'impression d'habiter ailleurs sans déménager. Quand on arriva au bout des stocks de peinture, ils et elles prirent des crayons de couleur et dessinèrent des fresques sur les murs.

Staying at home, they started repainting everything : one couldn't change sceneries but one could change THE scenery. Day after day, they painting all anew : walls, ceilings, baseboards, doors and door frames. Every night at dinner they talked about new projects and colors. Every morning, they organized tasks depending on each one skills, preferred actions and sizes. Grand-mother whale mixed the painting with her feet in each buck. They felt as they are living in a new place, without even moving. When there was no more painting, they took colored pencils and drew murals on the walls.



A rester à la mason… Staying at home… XI

A rester à la maison, ils et elles revirent le lièvre de Pâques. Un matin, il fut là, parmi elles et eux. “Maintenant que vous m'avez vu, dit-il, plus la peine de me cacher. Et puis j'en ai marre d'être tout seul dans mon terrier. Dites, je peux rester avec vous ?” Ils et elles acceptèrent, bien sûr. Ce jour-là, le lièvre de Pâques portait un sweat-shirt orange à capuche et un jean vert qui le faisait ressembler à une carotte géante à l'envers et ses grands yeux clairs comme des lacs reflétaient le ciel.

Staying at home, they met with Easter Hare again. One morning, it was there, amongst them all. “As you've already seen me, guys, no need for me to hide anymore. And I can't stand anymore staying alone in my burrow. Say, could I stay with you ?” They agreed, of course. That day, with its orange hoody and green pants, Easter Hare looked like a giant carrot upside down, and its wide eyes as clear as two lakes were reflecting the sky.


vendredi 1 mai 2020

A rester à la maison… Staying at home… X

A rester à la maison, ils et elles découvrirent que les oreillers ressemblaient beaucoup aux éléphants. On avait beau les poser sur les lits, on les retrouvait souvent par terre. Ils adoraient s'asperger de poussière, s'y rouler. Solitaires la plupart du temps, ils se rassemblaient parfois en hordes qui traversaient pièces et couloirs en ligne et leur marche tranquille faisait légèrement trembler tout l'étage. Certains matins blancs, ils barrissaient.

Staying at home, they discovered that pillows looked very much like elephants. One could put them on the beds, they were often found on the floor. They did like shower with dust, roll in it. Usually lonely, they gathered sometimes in herds to cross rooms and corridors in a line, and their quiet walk made all the floor slightly tremble. Some white mornings, they trumpeted.


jeudi 30 avril 2020

A rester à la maison… Staying at home… IX

A rester à la maison, les arbres leur manquèrent. Surtout à un enfant qui les adorait. Les arbres et la forêt lui manquèrent tellement qu'il se mit à rétrécir à vue d'oeil. Avant qu'il disparaisse complètement ou que quelqu'un lui marche dessus sans faire exprès, le grand cerf vint s'agenouiller devant lui : “Monte sur ma tête, lui dit-il, viens t'asseoir.” L'enfant minuscule crapahuta sur la tête du cerf et s'assit sur son front entre ses deux bois, enserrant chacun de ses petites mains. Le cerf se releva, l'enfant rit. “Ça va mieux ? demanda le cerf. “Oh oui !” cria l'enfant.

Staying at home, they missed the trees. A kid especially missed them as he loved them. He missed trees and woods so much, he began to shrink rapidly. Before he disappeared totally or someone walked over him accidentally, the big deer came and kneeled in front of him. “Jump on my head, he said, come and sit there.” The tiny kid climbed on the deer's head and sat on its forehead, between its two antlers, holding them firmly with his small hands. The deer stood up, the kid laughed. “Feeling better?” asked the deer. “Oh yes!” shouted the kid.


mercredi 29 avril 2020

A rester à la maison… Staying at home… VIII

Une grand-mère vivait parmi eux. Elle était chauve et elle adorait prendre des bains de pieds dans une bassine remplie d'eau salée. A rester à la maison, deux petits orifices s'ouvrirent au sommet de sa tête, par lesquels elle se mit à respirer puis à cracher des jets d'eau en l'air, régulièrement, comme une baleine. Des jets d'eau salée.

A grand-mother lived amongst them. She was bold and loved taking footbaths, soaking her feet in a basin full of salted water. Staying at home, two small hols opened on the top of her head. She began to breathe through them, then to spit regularly water streams in the air, like a whale. Salted water streams.


A rester à la maison… Staying at home VII

A rester à la maison, ils et elles réalisèrent que tout était dans tout et réciproquement : l'infiniment petit et l'infiniment grand. Les planètes habitaient au milieu de leur cuisine, les étoiles flottaient au fond de leur tasse de thé. Tous les espaces-temps co-existaient, superposés. Il suffisait de choisir dans lequel on voulait voyager.

Staying at home, they realized everything was in everything and the other way around : infinitely small and infinitely large. Planets were living right in their kitchen, stars were floating in their cup of tea. All space-times co-existed, piled up. One just had to pick up which one to travel in.


mardi 28 avril 2020

A rester à la maison… Staying at home… VI

A rester à la maison, ils et elles se mirent à jouer à “J'aimerais que…” Parfois, cela marchait. Avec les voeux d'animaux, souvent : “J'aimerais qu'il y ait un singe derrière la fenêtre, j'aimerais trouver un cheval sur le balcon, un vrai, un félin, un oiseau, un cerf de la forêt…” Etonnament, tous ces animaux ou presque étaient tachetés, comme le peuple de leur couettes : le cheval bleu pommelé, le chat taché sur l'oeil, le chien gris couvert de taches pâles comme la Voie Lactée, sans parler du bébé léopard chaud comme une bouillotte. Les corbeaux, eux, étaient d'un noir si dense qu'ils pouvaient écrire sur les murs rien qu'en frottant n'importe quelle partie de leur corps. Ce qu'ils préféraient écrire, pendant la nuit, quand tout le monde dormait, c'était des poèmes qu'on découvrait ensemble au petit déjeuner.

Staying at home, they started to play to “I wish there was…” Sometimes, it worked. Most of all, with animal vows : “I wish there was a monkey behind the window, I wish I find a horse on the balcony, a real one, a feline, a bird, a deer from the forest…” Surprisingly, quite all these animals were dotted, like the flocks living in their duvets : the blue horse was spotted, the cat had a stain on the eye, the grey dog was covered with pal dots like the Milky Way, not to speak of the baby leopard as warm as a hot water bottle. Only the crows were deep black, so dark they could write on the wall just by rubbing any part of their body. Their favorite writing form, at night, when everyone slept, was poems we all discovered together at breakfast.


jeudi 23 avril 2020

A rester à la maison… Staying at home… V

A rester à la maison, ils et elles eurent le temps de regarder, chaque matin, les message sybillins que les extraterrestres leur envoyaient sur les murs. Même sans comprendre leur langue, c'était une joie de savoir que d'autres êtres vivants leur parlaient aussi régulièrement. Et puis, personne ne sachant pas quand on pourrait de nouveau sortir de chez soi, ils et elles avaient tout le temps de l'apprendre, cette langue.

Staying at home, they found time to watch the cryptic messages aliens were sending on their walls, every morning. Without knowing their language, it was a pure joy to know that other living beings were talking to them as regularly as they did. And then, as no one knew when they would be allowed to get out again, they got plenty of time to learn that language.


mercredi 22 avril 2020

A rester à la maison… Staying at home… IV

A rester à la maison, ils et elles se rendirent compte que l'escalier qui remonte de la cave où on entrepose les poubelles ne menait pas au dernier étage mais montait plus haut, en colimaçon de plus en plus serré : jusqu'au sommet d'un phare. La nuit, une lampe éblouissante y tournoyait, éclairant les vagues à l'écume phosphorescente. Le jour, on voyait la mer à 360°, ses incroyables couleurs changeantes, la course des nuages dans le ciel, leurs formes qui racontaient des histoires et tous les oiseaux marins qui passaient derrière les vitres arrondies. Leur verre épais laissait passer le fracas des vagues, les cris des oiseaux et la chanson du vent. Pour changer d'horizon, en revenant des poubelles, il suffisait de ne pas s'arrêter devant la porte de la maison en remontant des poubelles, mais de continuer sa montée, à bout de souffle, jusqu'au sommet du phare. Le mieux, c'était quand il pleuvait. Debout au milieu de la tempête, à l'abri, à tout regarder.

Staying at home, they realized that the stairs they took back from the basement where bins were stored did not lead to the last floor but way above, the spiral staircase shrinking more and more: to the top of a lighthouse. At night, a dazzling light turned around there, casting its brightness on the waves, on their phosphorescent foam. During the day, one could see the sea on a 360° view, its unbelievable changing colors, the clouds race in the sky, their shapes telling us stories and all the sea birds passing by behind the curved windows. Their thick glass let hear the rumble of the waves though and the calls of the birds and the song of the wind. To change horizon, back from taking down the trash, one just had not to stop at home's door but to pursue climbing the stairs, breathless, to the top of the lighthouse. Best times were when it rained. Standing safe in the middle of a storm, watching everything.


lundi 20 avril 2020

A rester à la maison … Staying at home… III

A rester à la maison, ils et elles entr'aperçurent le Lièvre de Pâques. Chacun.e n'en entrevit qu'un détail, pendant la fraction de seconde que cela dura : une oreille duveteuse, les longues jambes sortant d'un short rouge à franges, le col doré d'un t-shirt violet, le panier plein d'oeufs peints dans les bras, et tout le monde crut crut avoir rêvé mais l'instant suivant, c'était plein d'oeufs cachés partout. Le dernier trouvé était emballé dans une lettre qui sentait bon l'herbe coupée et disait, en majuscules jaunes : “Extraordinaire ! D'habitude, personne ne peut me voir car je me déplace plus vite que la lumière mais vous, vous observiez tellement intensément chaque instant que vous m'avez vu passer, au vol. Bravo !” Le parfum de ce dernier oeuf était chocolat-anchois.

Staying at home, they caught a glimpse of the Easter Hare. During the fraction of a second it last, everyone glimpsed one detail only : a fluffy ear, long legs coming out from a reds unthreaded shorts, the golden neck of a purple tee-shirt, the basket full of painted eggs in its arms and everyone thought that it's been a dream but next moment, home was fill of hidden eggs everywhere. The last one they found was wrapped in a letter that smelled so good of freshly cut grass and said, written in yellow capitals : “Awesome ! Usually, no one can see me as I move faster than the speed of light but you, as you were watching each instant intensely, you caught me passing by. Congratulations !” This last egg was an anchovies-chocolate one.


mercredi 8 avril 2020

A rester à la maison… Staying at home… II

A rester à la maison, ils et elles découvrirent que leurs couettes étaient habitées par de nombreux animaux. Le meilleur moment pour les observer, c'était tôt le matin, au réveil, ou le soir, au coucher. Là, si on restait immobile, sans faire de bruit, on commençait à les voir apparaître à la place des plis et des bosses de la couette : un poisson, un éléphant, un chien moucheté, une vache, une baleine… Qu'est-ce que toute cette faune devenait pendant la journée ? Elle s'allongeait sous le vaste manteau de neige de nos lits faits et personne n'aurait pu soupçonner sa présence. Le soir, quand on se recouchait, quand on s'immobilisait, sans parler, les animaux qui vivaient à l'intérieur de nos couettes ré-apparaissaient, l'un après l'autre : une chèvre pointillée, un cheval, un ours polaire, un lièvre… qui se glissaient dans nos têtes quand on s'endormait, pour habiter nos rêves.

Staying at home, they discovered that their duvets where inhabited by lots of animals. The best time to observe them was early morning, waking up, or at night, when going to bed. There, when we stayed perfectly still, they appeared, one by one, where there were bumps and folds : a fish, an elephant, a spotted dog, a cow, a whale… Where did all that wildlife go during daytime ? It lay down under the wide snow coat of our beds once made and no one could ever spot it. At night, going back to bed, one had to stay still again so that the animals living inside our duvets reappeared, one by one : a dotted goat, a horse, a polar bear, a hare… who slipped into our sleeping heads, to inhabit our dreams.


lundi 30 mars 2020

A rester à la maison… Staying at home…

A rester à la maison, ils et elles remarquèrent que le tabouret blanc au bout de la table de la cuisine était spécial. Dès que quelqu'un s'asseyait dessus en pensant à un autre endroit, le tabouret l'y transportait immédiatement et là-bas, pendant cinq minutes, tout semblait réel, on pouvait tout sentir, tout ressentir et même faire coucou aux gens des bateaux qui longeaient la rivière, par exemple. Alors ils et elles utilisèrent souvent ce tabouret spécial. Seul.e ou à deux, ou en pile écroulée de rire, parfois même avec le chien sur les genoux. Un jour, le chien s'assit tout seul sur le tabouret. Il disparut pendant cinq minutes, puis il réapparut et personne ne sut jamais où il était allé.

Staying at home, they noticed that the white stool at the end of the kitchen table was special. As soon as someone sat on it, thinking of another place, he or she would be immediately transported there. Over there, five minutes long, everything seemed so real, one could feel everything, even wave hello to people on the boats flowing by along the river bank. Thus, they used that special stool a lot. One by one, by two, by numbers on laughing pile, sometimes even with the dog sitting on someone's lap. One day, the dog sat on the stool by itself. It disappeared five minutes long, then re-appeared and no one ever knew wherever it had gone.


vendredi 21 février 2020

Jeannette Mogoun en France

La joie de retrouver Jeannette Mogoun, avec Pascale Grillandini, en souvenir de notre aventure du réseau Zistoir, toujours en cours ! Fondatrice de la compagnie Les Racines qui défend les droits des femmes à travers les arts et la culture, comédienne et formatrice engagée, pionnière du 1er Juin des Ecritures Jeunesse au Cameroun l'an dernier, Jeannette est venue en France à l'invitation des Scènes Appartagées et travaille actuellement sur le théâtre d'ombres à la Halle Roublot de Montreuil avec la compagnie Hekau.




mercredi 19 février 2020

Bagarre : première plongée

Première plongée dans notre projet “Bagarre”, à l'invitation d'Annabelle Sergent qui le mettra en scène à l'automne 2020, avec sa compagnie La Loba et de nombreux partenaires de théâtre : un spectacle pour les petits (5-8 ans) qui parle (entre autres) de l'intense et joyeux plaisir de la bagarre, dans tous les sens, pour tous et toutes, quels que soient nos âges… 
Une première semaine de résidence dans la grande section maternelle de l'Ecole Pierre & Marie Curie de Saint Barthélémy d'Anjou, avec deux super enseignant.e.s et des élèves aussi spontané.e.s qu'engagé.e.s dans ce questionnement poétique et relationnel qui nous a mené.e.s du duo magique gants de boxe-punching-ball aux capes de soie des super-héros & super-héroïnes aux pouvoir infinis, en passant par l'incarnation animale qui décuple les facultés, et par les livres et les histoires…

Prochaine résidence début mars dans le Finistère : à suivre !!!
Plus d'information sur le site de la Loba : http://www.cieloba.org/spectacle/bagarre/







mercredi 22 janvier 2020

L'écume des vents s'élance…

Deux jours d'intense et joyeux creusage de cerveaux avec toute l'équipe de L'écume des vents, le nouveau projet participatif porté par Très Tôt Théâtre pour la saison 20-21, coordonné par Nolwenn Treussier sur tout le Finistère, inventé et développé par Camille Perreau, sa compagnie Entre Chien & Loup et quelques chiens et loups sauvages associé.e.s venus des quatre coins des mers et des terres dont j'ai la joie de faire partie. Kouign Aman et gâteau breton en perfusion, brouillard magique et feu d'artifice de propositions : notre feu vient de s'allumer sur la Pointe du Raz, et on va continuer de l'alimenter… à suivre !