dimanche 10 mai 2020

A rester à la maison… Staying at home… XVI

A rester à la maison, ils et elles prirent l'habitude de se raconter leurs rêves, au réveil, surtout les matins de pluie. Un jour, quelqu'un rêva que la ville était envahie par des ours blancs géants qui s'asseyaient sur les trottoirs, contre les murs, pattes en avant, pour se gorger de soleil, leurs longs poils transparents tintant doucement au vent comme des pendeloques de verre. La ville sans humains leur appartenait, ils marchaient même sur les toits la nuit, quand personne ne regardait par la fenêtre, ils volaient dans le ciel comme des nuages et lorsqu'ils effleuraient un mur de toute leur lumière, ils effaçaient toute sa crasse, toutes ses vieilles affiches, tous ses tags, comme une gomme vivante qui remettait le monde à neuf.

Staying at home, they got used to share their dreams, when they woke up, specially on rainy mornings. One day, someone dream about the city being invaded by giant polar bears who sat on the sidewalks, their back against the walls, to enjoy the sun warmth, their long transparent hair tinkled in the wind like glass pendants. The city without human beings belonged to them, they even walked on rooftops, at night, when no one was watching at the windows and they flew in the sky like clouds and when their light skimmed a wall, it removed it from all its dirt, old posters, tags, like a living erase putting the world anew. 


mardi 5 mai 2020

A rester à la maison… Staying at home… XV

A rester à la maison, ils et elles firent la connaissance des mondes de la cuisine : toutes les créatures et toutes les histoires qui vivaient au fond des poêles et des casseroles, sur la croûte des gratins et des gateaux, au milieu de la purée, des crêpes, à la surface de l'eau de cuisson des pâtes. Il fallait être rapide pour surprendre leur passage et patienter pour décrypter leurs messages. C'était des créatures changeantes, multiples, métamorphiques, et qu'on finissait toujours ou presque par manger.

Staying at home, they got acquainted with the kitchen worlds : all the creatures and all the stories living at the bottom of pans and frying pans, on cakes' and gratins' crust, in the middle of mashed potatoes, crepes, at the surface of the pasta water. One had to be swift to catch their moves and very patient to decode their messages. They were changing creatures, multiple and metamorphic ones,  who ended quite always eaten up.


lundi 4 mai 2020

A rester à la maison… Staying at home… XIV

A rester à la maison, ils et elles redécouvrirent le plaisir de rester au lit bien au chaud en écoutant la pluie tomber. Les animaux qui vivaient dans leurs couettes et ceux qui vivaient en dehors écoutaient la pluie tomber, eux aussi, ceux et celles qui parlaient sa langue traduisaient ce qu'elle disait pour les autres, c'était souvent des histoires lointaines et sauvages, pleines d'embruns et de voyage. Quand ils et elles en avait marre d'être couché.e.s, tout le monde sortait de sous les couettes pour faire des crêpes qui embaumaient toute la maison et qu'ils et elles mangeaient, rassemblé.e.s, en regardant la pluie tomber.

Staying at home, they rediscovered the pleasure of staying warmly in bed, listening to the rain go by. The animals who lived inside their duvets and those who lived out of it listened to the rain as well, the ones who spoke its language translated what she said to the other ones, it was often wild and far away stories full of sea spray and travels. When they had enough laying down, everyone jumped out of their bed to cook crepes, it smelled so good all around at home, and they ate them all together, watching the rain go by.


A rester à la maison… Staying at home… XIII

A rester à la maison sans aller chez le coiffeur, leurs cheveux se mirent à pousser, tout comme leurs barbes, leurs moustaches, leurs rouflaquettes, tous leurs poils. C'était le printemps mais un printemps d'automne, leurs longs poils leur tenaient chaud le matin au réveil, et le soir. Une fille se mit à avoir de la barbe, une barbe longue et douce qu'elle caressait pour s'endormir. Comm il n'y avait pas de ciseaux à la maison, ceux et celles qui se trouvaient trop velus faisaient la queue devant la chèvre qui broutait le superflu.

Staying at home without gong to the hairdresser, they hait began growing as much as their beard, their mustache, their sideburns, all their hair. It was spring but an autumn spring, their long hair kept them warm in the morning as they woke up and in the evening. A girl began to grow a beard, a long and smooth beard she stroked to fall asleep. As they got no cissors, those who felt too hairy were queuing in front of the goat who grazed away the superfluous.


dimanche 3 mai 2020

A rester à la maison… Staying at home… XII

A rester à la maison, ils et elles se mirent à repeindre : si on ne pouvait pas changer de paysage, on pouvait changer LE paysage. Jour après jour, ils et elles repeignirent tout : les murs, les plafonds, les plinthes, les portes et les tours de porte. Tous les soirs, pendant le dîner, ils et elles discutent des nouveaux projets, des couleurs. Chaque matin, ils et elles se répartissaient la tâche selon leur taille, leurs préférences et leur habileté. Grand-mère baleine mélangeait la peinture dans les camions, avec ses pieds. Ils et elles eurent l'impression d'habiter ailleurs sans déménager. Quand on arriva au bout des stocks de peinture, ils et elles prirent des crayons de couleur et dessinèrent des fresques sur les murs.

Staying at home, they started repainting everything : one couldn't change sceneries but one could change THE scenery. Day after day, they painting all anew : walls, ceilings, baseboards, doors and door frames. Every night at dinner they talked about new projects and colors. Every morning, they organized tasks depending on each one skills, preferred actions and sizes. Grand-mother whale mixed the painting with her feet in each buck. They felt as they are living in a new place, without even moving. When there was no more painting, they took colored pencils and drew murals on the walls.



A rester à la mason… Staying at home… XI

A rester à la maison, ils et elles revirent le lièvre de Pâques. Un matin, il fut là, parmi elles et eux. “Maintenant que vous m'avez vu, dit-il, plus la peine de me cacher. Et puis j'en ai marre d'être tout seul dans mon terrier. Dites, je peux rester avec vous ?” Ils et elles acceptèrent, bien sûr. Ce jour-là, le lièvre de Pâques portait un sweat-shirt orange à capuche et un jean vert qui le faisait ressembler à une carotte géante à l'envers et ses grands yeux clairs comme des lacs reflétaient le ciel.

Staying at home, they met with Easter Hare again. One morning, it was there, amongst them all. “As you've already seen me, guys, no need for me to hide anymore. And I can't stand anymore staying alone in my burrow. Say, could I stay with you ?” They agreed, of course. That day, with its orange hoody and green pants, Easter Hare looked like a giant carrot upside down, and its wide eyes as clear as two lakes were reflecting the sky.


vendredi 1 mai 2020

A rester à la maison… Staying at home… X

A rester à la maison, ils et elles découvrirent que les oreillers ressemblaient beaucoup aux éléphants. On avait beau les poser sur les lits, on les retrouvait souvent par terre. Ils adoraient s'asperger de poussière, s'y rouler. Solitaires la plupart du temps, ils se rassemblaient parfois en hordes qui traversaient pièces et couloirs en ligne et leur marche tranquille faisait légèrement trembler tout l'étage. Certains matins blancs, ils barrissaient.

Staying at home, they discovered that pillows looked very much like elephants. One could put them on the beds, they were often found on the floor. They did like shower with dust, roll in it. Usually lonely, they gathered sometimes in herds to cross rooms and corridors in a line, and their quiet walk made all the floor slightly tremble. Some white mornings, they trumpeted.